[Gilles Bonnafous le 15-07-2003]
Mécanicien de grand talent, pilote de course,
éleveur de poulets et dresseur de cobras, Carroll Shelby a été tout
cela à la fois. Il naît en 1923 dans un Landerneau du Texas, où son
père est fermier. Avant de devenir le sorcier de Ford et d'être à
Dearborn ce que Abarth fut à Fiat et Gordini à Renault, Carroll Shelby
exerce divers métiers. Il est chauffeur de poids lourds, travaille sur
les puits de pétrole et fait l'élevage des gallinacés avant de devenir
pilote de l'US Air Force !
Mais à l'image de Siegfried, ce farouche Texan, grand gaillard au verbe
haut et au caractère sans complexe, a une faiblesse. Il souffre d'une
grave maladie de cœur, qui l'a obligé, étant enfant, à rester alité
plusieurs années durant. Une immobilité qui a sans doute alimenté des
rêves de vitesse…

Carroll Shelby
© D.R

Après
s'être frotté plusieurs années à la conduite sportive, Carroll Shelby
prend part à 29 ans à sa première épreuve (locale) sur une MG TC. Qu'il
gagne. Dès lors, son ascension sera fantastique. En 1954, il rencontre
en Argentine John Wyer, qui dirige l'écurie de course d'Aston Martin.
Wyer lui propose un volant. Carroll Shelby sera ainsi l'un des premiers
Américains à venir courir en Europe après la guerre. D'autres suivront,
à l'instar de Phil Hill, Dan Gurney, Masten Gregory et Richie Ginther.
Il faut dire qu'à cette époque, Aston Martin, Ferrari et Maserati
cherchent à engager un Américain dans leurs équipes pour des raisons
promotionnelles, l'essentiel de leur marché se trouvant
outre-Atlantique.

Cobra
© D.R

Cobra de course
© D.R
On connaît la suite, et la victoire aux 24
Heures du Mans de 1959 sur l'Aston Martin DBR 1, dont il partage le
volant avec Roy Salvadori. Carroll Shelby court également sur Maserati,
Scarab, et occasionnellement sur Ferrari et Porsche. Il aime raconter
comment, en 1957, Enzo Ferrari lui a proposé un contrat pour piloter
ses voitures Sport au salaire de 70 $ par mois. Il rejettera vivement
l'offre, la jugeant trop mal rétribuée ! Du reste, il ne mâche pas ses
mots sur le comportement du Commendatore à l'égard de ses pilotes.

Victoire au Mans 1959 sur l'Aston Martin DBR1
© D.R

Carroll Shelby entre la Cobra 289 1963 de série et la version course : photo prise à l'usine Shelby American à Venice.
© D.R
En
1960, Carroll Shelby remporte aux Etats-Unis le championnat USAC des
circuits routiers au volant d'une Scarab engagée par le brasseur Harry
Heuer, qui l'avait rachetée à son constructeur Lance Reventlow, ainsi
que sur une Maserati Birdcage et une voiture américaine spéciale (Old
Yaller). Mais ce sera sa dernière saison de compétition. En effet,
l'état de son cœur s'avère incompatible avec la poursuite d'une
activité aussi dangereuse. De toute manière, il a en tête l'idée de
construire sa propre voiture
.Dès la fin de 1961, Carroll Shelby travaille sur le projet Cobra.
L'année suivante, il fonde son entreprise, Shelby American. Il est
alors aidé financièrement par Lee Iacocca, directeur des ventes chez
Ford, et par Goodyear, qui lui prêtent assez d'argent pour démarrer. Il
veut construire le plus rapide et le moins cher des bolides à gros
moteur. Son objectif est de réaliser, dans un premier temps, une
voiture capable de battre les Corvette Gran Sport dans les courses
américaines, puis de vaincre Ferrari dans les épreuves du Championnat
du monde des constructeurs. Trois ans de développement s'avéreront
nécessaires. Mais en 1964, les Cobra s'imposent dans la seconde partie
du Championnat et l'année suivante, Carroll Shelby réalise son rêve. La
Cobra Daytona est sacrée championne du monde des constructeurs devant
la GTO. Le Texan a gagné le défi qu'il avait lancé à Ferrari, il a
brisé le monopole de Maranello.

Carroll Shelby au volant de la Cobra en compagnie de sa secrétaire (1962).
© D.R

Carroll Shelby, le premier coupé Cobra et son équipage à Daytona.
© D.R
La Cobra Daytona sera sacrifiée au programme
Ford, car Carroll Shelby est appelé par le constructeur, après la
débâcle de 1965 au Mans, à participer avec un budget illimité à la
préparation de la Ford Mk 2. La réussite sera totale avec les trois
marches du podium sarthois en 1966 et la victoire de l'équipage
Gurney-Foyt l'année suivante (Ford Mk IV).

Daytona 1964
© D.R

Carroll Shelby et la Ford Mk IV
© D.R
Carroll
Shelby est aussi l'auteur des célèbres Mustang Shelby, sans oublier la
Sunbeam Tiger V8. S'agissant des Mustang 350 GT et 500 GT, il s'agit,
contrairement à la Cobra, d'une commande de Ford destinée à contrer la
Corvette dans le championnat américain SCCA (Sports Car Club of
America), où la Mustang de série même la mieux lotie en options n'est
pas de taille face à la voiture de la General Motors.

Mustang Shelby GT 500, 1970
© D.R.

Mustang Shelby 350 GT Hertz
© D.R.
En
ce milieu des années soixante, Carroll Shelby est un homme très occupé.
Il a fondé en 1966 " All American Racers " avec Dan Gurney, avec qui il
prépare des monoplaces pour Indianapolis, il travaille au programme
Ford et produit les Mustang Shelby. Mais il est rattrapé par ses ennuis
de santé. L'homme, qui a toujours su prendre des décisions tranchées,
décide d'arrêter la compétition en 1967. Il quitte tout et part en
Afrique, où il séjournera dix ans !
Il reviendra aux Etats-Unis en 1978 quand son ami Lee Iacocca, passé
chez Chrysler, lui proposera de construire une nouvelle Cobra, la Dodge
Viper. Avec François Castaing, ingénieur en chef Chrysler, Tom Gale, le
designer, et Iacocca lui-même, il sera impliqué dans l'étude de la
Viper. Mais cette collaboration sera interrompue par l'aggravation de
sa maladie et la nécessité d'une transplantation cardiaque (tout à fait
réussie). Conscient de la dette qui est la sienne à l'égard de la
médecine, il s'investira dans la fondation qu'il créera pour aider les
enfants malades à recevoir un nouveau cœur.
source : ici